Après plusieurs semaines de mouvements contrastés, le mois de mars marque une légère détente des taux immobiliers.
Sans mouvement massif ni inversement de tendance, les banques procèdent
à des baisses ciblées, confirmant une stratégie de pilotage fin de leurs
volumes et des profils financés.
Le crédit immobilier demeure un puissant produit d’appel très stratégique.
pour les établissements bancaires, notamment auprès des primo-accédants,
qui concentrent une part importante des efforts commerciaux.

Par rapport à février, les taux affichent une baisse comprise entre -0,04 et -0,15 point
selon les durées et les profils, illustrant des ajustements ciblés plutôt qu’un
mouvement uniforme du marché.
Des stratégies commerciales différenciées selon les banques
Ces dernières semaines illustrent parfaitement le pilotage extrêmement fin du marché
du crédit immobilier.
Dans un contexte d’abondance de liquidités et d’objectifs commerciaux 2026 revus à
la hausse, les banques n’ont pas de contrainte de financement. La production est
aujourd’hui davantage limitée par le volume de transactions que par un manque de
ressources.
Il ne s’agit donc pas d’un mouvement généralisé, mais d’arbitrages stratégiques très
ciblés : conquérir des profils précis, capter de l’épargne, relancer les ventes de
produits annexes (assurance, cartes, placements).
“On n’est pas dans une phase de hausse ou de baisse généralisée. Chaque banque
ajuste sa grille en fonction de ses objectifs commerciaux, de ses volumes et des
profils qu’elle souhaite capter. Le marché est extrêmement piloté”, analyse Pierre
Chapon, CEO et cofondateur de Pretto.
Les primo-accédants restent particulièrement ciblés. Moteur principal du marché, ils
ne souffrent pas de l’effet psychologique des anciens taux à 1 %. Certaines banques
préfèrent ainsi consentir des décotes ponctuelles (enveloppes bonifiées, taux bonifiés
sur une tranche) plutôt que d’abaisser l’ensemble de leurs barèmes.
Dans une phase aussi concurrentielle, la qualité du profil présenté devient
déterminante.
Il est impératif d’afficher une gestion irréprochable sur les trois derniers mois :
– aucun découvert non autorisé
– absence de commissions d’intervention
– pas de virements vers des plateformes de cryptomonnaies
– aucune trace de paris en ligne
À l’inverse, une épargne régulière – même modeste – envoie un signal extrêmement
positif.
Autre levier majeur : l’épargne résiduelle.
Conserver un “coussin” financier après l’apport rassure la banque. Ce matelas
constitue à la fois une sécurité en cas d’imprévu et un levier commercial, notamment si
cette épargne est placée dans l’établissement prêteur (assurance-vie, livret, etc.).
Exemple Pretto : l’épargne résiduelle influence votre taux
Deux primo-accédants financés à seulement 3 jours d’intervalle ont
obtenu des taux différents malgré des profils comparables :
Critère clé Projet 1 – Épargne
résiduelle élevée
Projet 2 – Épargne
résiduelle faible
Revenus nets mensuels 4 770 € 4 770 €
Épargne restante
post-apport
61 000 € (21 % du prix) 8 100 € (2,9 % du prix)
Taux obtenu 2,99 % (25 ans) 3,15 % (25 ans)
Taux d’endettement (hors
assurance)
27,3 % 32,7 %
Montant du prêt 298 000 € 324 000 €
Même si d’autres facteurs entrent en jeu (revenus, endettement, profession,
localisation), le niveau d’épargne résiduelle agit comme un véritable amortisseur de
risque pour la banque.
Impact concret : sur 25 ans, une différence de 0,26 point de taux représente environ
15 000 € d’intérêts.
Dans un marché très concurrentiel où les banques cherchent avant tout à capter des
clients et de l’épargne, le crédit devient un produit d’appel stratégique. Chaque dossier
est donc analysé finement selon un faisceau de critères : reste-à-vivre, stabilité
professionnelle, durée, DPE du bien, et bien sûr épargne disponible.
OAT 10 ans : un signal encourageant mais encore volatile
L’OAT 10 ans, indice de référence des marchés obligataires, reste volatile mais affiche
un signal intéressant. Après s’être établi à 3,24% dans la matinée du 2 mars (son plus
bas niveau depuis six mois), le taux a depuis connu un léger rebond, autour de 3,29%.
Ce frémissement semble intervenir dans un contexte géopolitique tendu, marqué par
l’attaque menée ce week-end par les États-Unis contre l’Iran. Pour autant, aucun
mouvement de panique n’est observé à ce stade sur les marchés : il s’agit pour l’heure
davantage d’un ajustement technique que d’un retournement de tendance.
Pour mémoire, l’OAT 10 ans évoluait encore autour de 3,60 % il y a quelques semaines.
Ce qui confirme une dynamique plus favorable.
Cela ne signifie pas nécessairement une baisse générale des taux immobiliers, mais
cette détente pourrait tempérer d’éventuelles hausses et redonner un peu de
souplesse aux établissements bancaires.
L’Observatoire Crédit Logement/CSA évoque d’ailleurs la possibilité de baisses
“ponctuelles” destinées à soutenir la demande.
“La détente récente de l’OAT ne garantit pas une baisse massive des grilles, mais elle
enlève de la pression aux banques. Cela ouvre la porte à des ajustements
commerciaux plus favorables aux emprunteurs”, souligne Pierre Chapon.
Le crédit immobilier reste un puissant levier d’acquisition de nouveaux clients, ce qui
limite les mouvements brusques.
Budget 2026 : Relance Logement et signaux pour l’investissement
Le budget a été définitivement adopté.
Concernant le logement, le nouveau dispositif Relance Logement vise à encourager
l’investissement locatif à loyers abordables, via un mécanisme d’amortissement fiscal
renforcé pour :
– les logements anciens dégradés à rénover
– certains logements neufs
Objectif : soutenir l’offre locative dans un contexte de tension persistante.
Le guichet MaPrimeRénov’ rouvrira en 2026 à l’ensemble des ménages, renforçant les
incitations à la rénovation énergétique.
En revanche, les nouveaux plafonds et planchers du PTZ ne sont pas encore
officiellement entrés en vigueur : les barèmes restent inchangés à ce stade.
“Les signaux publics vont dans le sens d’un soutien au marché, notamment locatif.
Mais les ménages attendent encore de la visibilité, notamment sur le PTZ. La stabilité
réglementaire sera clé pour relancer durablement la demande”, estime Pierre Chapon.